1967 – 1968 : L’OFFENSIVE ABARTH

1967

Dès le mois de janvier l’Association Sportive de l’Automobile Club du Var prépare la 3e édition de la course. L’épreuve, toujours nationale mais avec participation internationale autorisée est affectée du coefficient 2, et compte pour le Championnat de France des conducteurs.

Des règlements sont adressés à diverses grandes marques européennes, et coup de chance, la firme Abarth répond. Cette venue de l’usine Abarth va présider au lancement de la course. La D49 fait l’objet de travaux d’élargissement, certains virages sont rectifiés…. Ampus, c’est un rêve qui s’éteint pour les pilotes amateurs. Il n’y a désormais de place en tête du classement général que pour le professionnalisme.

La course est fixée au dimanche 19 mars : trois jours avant, un énorme camion rouge transportant des barquettes dissimulées sous des bâches stationne près du pont de la Clappe. Autour de cet atelier roulant, on s’affaire sous les ordres d’un homme qui ressemble à Orson Welles et qui n’est autre que le commendatore Carlo Abarth. Officiellement il engage Eris Tondelli et Franco Pilone sur des 1300 OT et Hans Ortner, vainqueur de la Coupe de Paris à Monthléry, qui s’est vu confier une barquette 2 litres à moteur expérimental.

Photo inconnue – Carlo Abarth

 

Abarth est là, le succès est assuré, mais la firme italienne a bien failli au dernier moment annuler son rendez vous à cause d’un échange de lettres dans lequel il était fait mention (par erreur) qu’aucune prime de départ ne serait distribuée aux pilotes. Le malentendu est réparé et, en son for intérieur, le Commandatore en est très heureux car Ampus doit lui permettre de tester ses barquettes qu’il compte aligner en Championnat d’Europe de la Montagne. «La course servira de banc d’essai pour le Ventoux. Monsieur Abarth s’estime satisfait et attend beaucoup de la nouvelle boite spéciale 5 vitesses, ainsi que du tubolare et de la suspension » selon l’ingénieur en chef de l’écurie.

Comme concurrent dangereux les Abarth n’ont que Jean Clément, toujours détenteur du record, qui s’engage avec une Porsche Carrera 6, un monstre très profilé qui a remporté le classement à l’indice de performance aux 24 Heures du Mans 1966.

Un tel plateau ne peut qu’assurer le succès populaire de la manifestation, d’autant que quelques indépendants engagent eux aussi des barquettes : Freddy Canin, leader du Championnat de France (Abarth 1300 OT) ; Attilio Dutto (Abarth 1300) de l’écurie Sport Scuderia della Palme ; Giovanni Carena (Abarth).

Parmi les engagés dans les autres catégories on note la présence du suisse Nicolas Rommel, neveu du Maréchal (Alfa Roméo GT) ; le belge André Willem sur une F3 du Continental Racing Team ; le niçois Georges Buzzi (Alfa Roméo Tubolare) et Francis Thomas au volant d’une Mustang officielle de l’écurie Ford France. Guy Malinconi et Robert Augias (Alpine A108) du Team Dragon et André Rives (Porsche 911 S) défendent les couleurs de Draguignan…… sans oublier «le Maire de Sauveclare » sur  Citroën 2cv !

Le 19 mars aucun orage ne trouble la course. 119 voitures sont au départ. Initialement prévu pour 100 concurrents, l’Automobile Club du Var obtient une dérogation pour porter le nombre à 120 devant  l’engouement des inscriptions (150). Il y a près de 10 000 spectateurs, disséminés entre les oliviers et les forêts de pins qui conduisent à la Grange, pour assister au match triangulaire Porsche / Abarth / Alfa Roméo.

Le matin lors de la séance d’essai, Jean Clément fait toujours figure de favori malgré les moyens mis en œuvre par l’écurie Abarth. Mais Carlo Abarth n’a pas fait le déplacement pour rien. Hans Ortner est crédité d’un chrono de 4’17, pulvérisant l’ancien record de Clément (5’05’’9). Celui-ci limitait la casse en 4’30.

L’après-midi, partant en dernière position Ortner bat tous les records en parcourant les 6,800 km de la côte (la ligne de départ est un peu plus en amont) en 4’14″1, soit à 97,160 km / h de moyenne. «J’aurais pu aller plus vite, mais mon rapport de seconde a sauté plusieurs fois au cours de la montée, sans cela le 4’10 était possible » déclare le vainqueur à l’arrivée.

Jean Clément sur Porsche Carrera 6 est second en 4’33″9, suivi d’une meute d’Abarth : Pilone, Canin, Benedetto.

Photo G. Petitjean Le Provençal – Johannes Ortner (Abarth 2000)

 

1e   Hans  ORTNER                        ABARTH 2000                    4′ 14″ 1

2e   Jean  CLEMENT                      PORSCHE CARRERA        4′ 33″ 9

3e   Franco PILONE                       ABARTH 1300                    4′ 35″

4e   Freddy CANIN                         ABARTH  1300                   4 ’42 » 2

5e   Raymond BENEDETTO         ABARTH  2000                   4′ 45

 

Seize voitures franchissent le cap des 5 minutes. Un nouveau record est établi. Le commandatore est satisfait « veni, vidi, vici »…. et il promet de revenir.

Catégorie A (Groupe 1) :                            Francis THOMAS (Ford Mustang)           5’ 15

Catégorie B (Groupe 2 et 5) :                     Michel PONT (Cooper 1100)                   4’ 58

Catégories C et C Bis (Groupes 3-4-6) : Jean CLEMENT (Porsche Carrera 6)       4’ 33’ ’9

Photo Junior – Robert Augias (Alpine A108)

Archive Protobibi – Franco Pilone (Fiat Abarth 1300)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

1966 : UNE EDITION GLISSANTE

 

La seconde édition a lieu le 3 avril 1966. Il fait beau, tout le monde est en place : Picon est Directeur de course ; Maitre Boquis, Directeur-adjoint ; Francis Fombelle accompagne Jean Viazzi dans les rangs des commissaires techniques ; Rose, Directeur de l’Automobile Club du Var est au micro. L’épreuve mesure 6,900 km.

Une centaine de pilotes sont au départ, et comme l’on est très respectueux des slogans tout prêts on annonce une fois de plus le duel Rolland – Clément. Ca fait une tête d’affiche, ça fait aussi augmenter le prix des cornets de frites vendus sur le parcours. Il faut dire que Jean Rolland est par son talent, sa gentillesse et je ne sais quoi de fascinant, un garçon très aimé dans le monde automobile.

Jean Clément resté fidèle à sa Porsche 904 à la carrosserie polyester fait figure de favori. Jean Rolland, lui, s’aligne avec une nouvelle Alfa GTA, puissante, légère, qui promet beaucoup. La niçoise Christiane Petit sur sa toute nouvelle Matra Sport peut-elle arbitrer ce duel ? « Habituée à la grosse cylindrée de mon Alfa Roméo, je me fais simplement la main sur cette Matra, sans chronomètre ».

Plusieurs pilotes étrangers sont attendus : l’espagnol Alemany (Austin Cooper) ; des italiens ; les suisses Wicky (Cooper BRM), Zweifel (Mc Laren) et Blanc (Cooper Climax 8).

Nouveauté cette année, la participation de monoplaces F1 et F3.

Les dracénois Robert Cheldi (Ford Cortina Lotus), André Rives (Porsche 912) et Robert Augias (Simca 1500), futur recordman des participations, sont au rendez-vous.

Il fait très chaud sur la côte d’Ampus, trop peut-être. Engageant deux voitures un toulonnais du nom de Mequetounif a le droit de partir dès le début. Au volant d’une BMC Cooper 1300 S il réalise 5’31″4. Derrière lui, huit voitures de cylindrée moyenne prennent le départ, et brusquement… il pleut.

Et quand il pleut sur Ampus, alors que durant une semaine les concurrents en mal de reconnaissance ont laissé de la gomme sur la route, le parcours devient terriblement glissant.

La course est faussée. Le duel Porsche / Alfa Roméo que 5 à 10 000 spectateurs sont venus voir n’aura pas lieu. Jean Clément qui le matin avait été crédité aux essais d’un temps de 4’44 » tape contre un mur en dessous de Lentier. Cette course ressemble à un étrange ballet : plus d’un pilote est contraint à l’abandon après avoir tapé dans des masses solides qui marquent ordinairement les abords d’une chaussée. Par hasard, MEQUETOUNIF sur Cooper remporte cette seconde édition de la course de côte d’Ampus en 5’31″4, devant Hermanovits sur Cooper également en 5’36″8 et le dracénois Robert Cheldi sur Ford Cortina Lotus. Le record n’est pas battu.

Photo inconnue – Hermanovits (BMC Cooper 1275)

 

Quant à Jean Rolland sur son Alfa GTA il limite les dégâts en 5’55 ». Grand perdant de cette journée, il explique au micro de Rose, ses difficultés de conduite sur une route si glissante. Il promet de revenir l’année prochaine….. il n’est jamais revenu. Il s’est tué sur l’anneau de Montlhéry en effectuant les essais d’une Alfa 33.

1e   MEQUETOUNIF   BMC COOPER 1300 S    5’31″4

2e   HERMANOVITS   BMC COOPER 1275       5’36″8

3e   Robert CHELDI     FORD CORTINA             5’37″8

 4e   De BRESC             BMW 1800 TL               5’40’’6

5e   ALEMANY            AUSTIN COOPER S       5’40’’7                

MEQUETOUNIF vainqueur au hasard d’un orage est le premier étonné, il en oubli même une coupe lors de la distribution des prix, puis disparaît du monde automobile. Drôle de course… elle eut plus une valeur spectaculaire qu’une signification sportive.

Groupe 1 :           HERMANOVITS (BMC Cooper 1275)            5’36’’8

Groupes 2 et 5 : MEQUETOUNIF (BMC Cooper 1300 S)         5’31’’4

Photo inconnue – Robert Cheldi (Ford Lotus)